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Charles Baudelaire, les Fleurs du mal : "Les phares"

	
  1. Plan de l'explication
  2. Le poème construit une série de tableaux
  3. Baudelaire s'appuie sur la référence aux grands maîtres pour montrer que le Beau n'est pas nécessairement l'essence de l'art
Résumé du commentaire de texte

Le XIXe siècle voit la parution d’un nombre conséquent de recueils, nés de la vague romantique : Lamartine, Hugo, Chénier ou encore Théophile Gautier marquent de leur empreinte ce siècle si propice à l’idéalisme. Pourtant, l’un des auteurs les plus marquants de cette fin de XIXe siècle se démarque largement de ces illustres prédécesseurs, en choisissant de montrer les écueils de l’idéal et les beautés de l’ignoble.
baudelaire choisit ainsi résolument de se détourner des traditions établies de son siècle, et des précédents, et se lance dans une quête inlassable du nouveau, du neuf. Puisque tout a été dit en poésie, et tous les aspects du beau illustrés et explorés, il s’agit d’aller chercher le poétique là où personne ne l’a encore imaginé : c’est ainsi que baudelaire décide « d’extraire la beauté du mal » (citation de baudelaire, extraite d’un projet de préface).

De cette quête nait en 1855 un recueil, les fleurs du mal, qui vaudra à son auteur une condamnation pour immoralité, et dont l’esthétique, qui choque les contemporains, est caractérisée par un alliage du Beau et de l’ignoble, du céleste et de l’infernal ; en somme, une esthétique du « bizarre » ainsi que la définit baudelaire.
Le poème « les phares », sixième pièce de la section « Spleen et idéal » du recueil, est construit sur une série de descriptions de l’œuvre de grands peintres des siècles passés, et traite de la nature et de la valeur de l’art.

[...] Puisque tout a été dit en poésie, et tous les aspects du beau illustrés et explorés, il s’agit d’aller chercher le poétique là où personne ne l’a encore imaginé : c’est ainsi que Baudelaire décide d’extraire la beauté du Mal (citation de Baudelaire, extraite d’un projet de préface) 3. De cette quête nait en 1855 un recueil, les Fleurs du Mal, qui vaudra à son auteur une condamnation pour immoralité, et dont l’esthétique, qui choque les contemporains, est caractérisée par un alliage du Beau et de l’ignoble, du céleste et de l’infernal ; en somme, une esthétique du bizarre ainsi que la définit Baudelaire Le poème Les Phares sixième pièce de la section Spleen et idéal du recueil, est construit sur une série de descriptions de l’œuvre de grands peintres des siècles passés, et traite de la nature et de la valeur de l’art LECTURE DU POEME En quoi ce poème peut-il être lu comme une réflexion sur la place de la beauté en art ? [...]


[...] Ces descriptions forment une série de tableaux, qui mettent en valeur l’art du poète. Plus que des descriptions, ces quatrains servent en réalité à faire voir au lecteur l’œuvre même des peintres, en formant une série de tableaux au sein desquelles le lecteur peut reconnaître l’art du poète. (ces descriptions picturales sont en réalité des ekphrasis, c'est-à-dire des tableaux décrivant d’autres tableaux) Ces représentations picturales passent par un travail sur la lumière : la plupart des quatrains sont en effet construit autour d’effets explicites d’ombre et de lumière o 2nd quatrain : travail sur l’ombre ; o 3e : lumière qui éclaire violemment la scène lugubre Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement forme un contraste o 4e : lumière rasante les crépuscules o 6e : lumière étincelante, proche du feu flamboyant éclairés par des lustres o 8e : de nouveau, travail sur l’ombre, absence de lumière directe Ombragé par un bois de sapins toujours verts + sous un ciel chagrin) Le travail sur la lumière permet dans le même temps un jeu sur les couleurs : o dans le 3e quatrain, on note que la métaphore, construite sur un oxymore rayon d’hiver suppose une couleur froide de la lumière ( scène apparaît monochrome, les tons froids o dans le 6e, lumière donne un ton chaud, en raison de l’image du feu qui accompagne la description, renforcée par rime illustres lustres ( scène apparait dominée par les tons chauds, comme le quatrain suivant, où la reprise de l’idée de feu passe par des images infernales, sabbats et Fœtus qu’on fait cuire et suppose aussi une dominante de couleurs chaudes, dans les tons rouges. [...]


[...] Nous verrons en premier lieu comment le poème construit une série de tableaux, puis dans un second temps nous nous intéresserons à la valorisation de l’art pictural mise en œuvre par le poète. Enfin, nous nous demanderons dans quelles mesures la référence aux grands peintres permet une mise à distance critique de l’idée du Beau en art. Plan de l’explication Le poème construit une série de tableaux 1. [...]


[...] Les images utilisées pour définir la nature de l’art soulignent sa capacité à se transmettre de manière vocale, comme une voix qui se diffuse (cf plus haut) ; c’est une voix qui se transmet depuis des siècles, d’où l’image qui roule d’âge en âge ( les tableaux évoqués sont donc l’héritage des siècles passés, et servent à démontrer la valeur des artistes : c’est ce que signifie l’adresse à Dieu au dernier quatrain Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage / Que nous puissions donner de notre dignité La nature de l’art serait donc d’être immortel, mais aussi de s’approcher d’un caractère divin : tableaux semblent aussi appartenir en propre à l’exercice de l’adoration de Dieu, d’où le lexique religieux des premiers vers du 9e quatrain extases Te Deum blasphèmes malédictions d’où l’opposition construite au 9e quatrain entre cœurs mortels et divin opium ; Adresse à Dieu signifie aussi que l’art peut avoir des caractères divins, notamment son existence qui se prolonge par la voix (comme celle de Dieu par les prières), sa postérité mais il semble que cette existence ne puisse pas égaler celle de Dieu car elle vient mourir au bord de votre éternité Transition : Après avoir esquissé une série de tableaux, Baudelaire s’attache à définir la nature de l’art pictural, afin de prouver sa valeur. Pour autant, sa démonstration ne semble pas passer par la défense d’esthétique classique. III / Baudelaire s’appuie sur la référence aux grands maîtres pour montrer que le Beau n’est pas nécessairement l’essence de l’art 1. [...]


[...] Après 8 strophes qui permettent de créer une série de tableaux (comme une exposition) derniers sont un retour sur la pratique de l’art pictural : 9e quatrain débute par une série de reprises anaphoriques déictiques (avec démonstratifs ces qui renvoient aux tableaux évoqués, et indique leur nature : ils sont un écho un cri un ordre un phare un appel (on note le passage du lexique du sonore et vocal à celui du visuel lumineux, avec l’apparition du phare ( l’art sert à oublier et transformer le monde, c’est un divin opium ; on note aussi les constructions parallèles de la strophe 10 C’est un cri répété par mille sentinelles / C’est un phare allumé sur mille citadelles qui renforcent la description métaphorique. C’est aussi une sorte de rempart, de secours, comme le laissent penser le recours au lexique de la guerre sentinelles porte-voix citadelles : tous ces termes sont placés à la rime, ce qui renforce leur portée), et les images du chemin perdu que l’art peut permettre de retrouver (d’où la référence aux milles labyrinthes au phare qui permet d’éclairer la nuit + image explicite du chasseur perdu dans les grands bois 2. L’art cherche à être immortel, à durer. [...]

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